WERSINGER - TAYLOR Anne Gabrièle

Titres et diplômes

- 1979 : Agrégation Philosophie (rang 1)
- 1992 : Doctorat (Paris IV, dir. P. Aubenque) (THFU).
- 1993 : Qualification CNU.
- 1994 : Maître de Conférences (UFR philosophie, Paris 1, rang 1)
- 1994-2006 : Maître de Conférences en Philosophie ancienne (Paris 1) -2005 : HDR (Paris IV) Mention spéciale de félicitations à l’unanimité.
- 2006 : Qualification CNU 2006 : Professeur des universités (Département de Philosophie, Reims-URCA, rang 1).
- 2006 - 2011 : Professeur de Philosophie ancienne (Reims, URCA)
- 2011-2012 : Délégation au CNRS (Centre J. Pépin UPR 76)
- 2013 : Professeur de Philosophie ancienne (Reims, URCA)

Prix

- 2009 : Lauréate de l’Académie Française (1er prix François Millepierres)

Bibliographie

Ouvrages

1. L’Homéricide. L’Ademption de l’héritage d’Homère chez Platon et Aristote. 2 tomes, Presses de l’imprimerie graphique de l’Ouest, 1985-1986, 254 pages.

2. L’Usage des Amphibologies dans les dialogues de Platon. Essai sur l’interprétation pré-philosophique de la différence, Lille, ANRT, 1992, 431 pages.

3. Platon et la Dysharmonie, Recherches sur la Forme musicale, Paris, Vrin, Collection « Tradition de la Pensée Classique », 2001, 1 volume, 333 pages.

4. La Sphère et l’Intervalle. Le Schème de l’Harmonie dans la pensée des anciens Grecs d’Homère à Platon, 2008, Collection Horos, Grenoble, J. Millon, I volume, 484 pages.

5. Mousikè et aretè, La Musique et l’Éthique de l’Antiquité à l’âge Moderne (dir. en collaboration avec F. Malhomme), Paris, Vrin, 2007, 254 pages.

6. Le Scepticisme. Aux limites de la question, Revue de Métaphysique et Morale 1, 2010, 141 pages

7. L’Harmonie, entre Philosophie, Science, et Arts, de l’Antiquité à l’âge moderne, dir. G. Rispoli, P. Caye, A. G. Wersinger, Naples, Accademia Pontana, 2011, 410 pages

8. Empédocle. Les Dieux, le sacrifice et la grâce, Revue de Métaphysique et de Morale 3, 2012, 111 pages

Articles

9. « Le poïkilon musical. Étude d’un modèle de la structure au Ve siècle avant J.-C. » Revue de Philosophie ancienne XI, 1993 n°1, 89-110

10. « L’entrelacs et la bigarrure dans la pensée grecque antique » (Recherches sur la Philosophie et le Langage, 1996 n°18, 255-276

11. « Muses d’Ionie, Muses de Sicile (Sophiste, 242d6-243a2) » Philosophia, 1997-1998 n°27-28, 99-110

12. « Cercle, Noeud, Réseau. La Rhétorique et les Mathématiques dans le Timée de Platon » Les Etudes Philosophiques 3, 1997, 305-316

13. « Les Mesures de l’Infini : remarques sur la Musique grecque ancienne », Philosophie 59, 1998, 69-92

14. « Comment dire l’Envie jalouse ? Phthonos et Apeiron dans le Philèbe, 48A8-50B4) » in M. Dixsaut (dir.) La Fêlure du Plaisir. Études sur le Philèbe de Platon, I, Paris, Vrin, 1999, 315-335

15. « La Charis des Muses. Le plaisir musical dans les dialogues de Platon » in M. Dixsaut (dir.) La Fêlure du Plaisir. Études sur le Philèbe de Platon, II, 2000, Paris, Vrin, 61-81

16. « Platon et les "figures" de l’harmonie », in F. Malhomme (ed.) Musica Rhetoricans. Musique et Rhétorique de l’Antiquité à la Renaissance, Paris, Presses Universitaires de la Sorbonne, 2002, 9-20

17. « La Musique des Lois », in S. Scolnicov et L. Brisson éd. Plato’s Laws : from Theory into Practice, Proceedings of the VI Symposium platonicum, Selected papers, Academia Verlag, Sankt Augustin, 2003, 191-196

18. « Empédocle et Homère, l’Un et le Multiple dans la répétition formulaire », Diotima 31, 2003, 11-20 19. « La fête criminelle, Empédocle, Perséphone et les Charites », in La Fête, la rencontre des dieux et des hommes, (Actes du Colloque International), Mazoyer M., Pérez-Rey J., Malbran-Labat F., Lebrun R. eds., Paris, Kukaba, L’Harmattan, 2004, 109-132

20. « Un élément musical inaperçu dans le Mythe d’Er : l’hymne des moires et l’heptacorde inversé », in Musique et Antiquité, O. Mortier-Waldschmidt ed., Paris, les Belles Lettres, 2006, 147-164

21. « "Socrate, fais de la musique !" Le destin de la musique entre paideia et philosophie », in. Mousikè et Aretè, La Musique et l’éthique de l’Antiquité à l’Âge moderne, Textes réunis par F. Malhomme et A.G. Wersinger, Vrin 2007, 45-62

22. « L’Éthique, la Musique et la Sensibilité morale », avant propos de Mousikè et Aretè, La Musique et l’éthique de l’Antiquité à l’Âge moderne, Textes réunis par F. Malhomme et A.G. Wersinger, Vrin 2007, 7-16

23. « Pourquoi, dans la République de Platon, l’harmonique est-elle la science propédeutique la plus haute ? Perspective nouvelle sur une question négligée », in J.-L. Périllé ed., Platon et les Pythagoriciens, Cahiers de Philosophie ancienne 20, Bruxelles, Ousia, 2008, 159-180

24. « La philosophie entre logique et musique, Sextus Empiricus et la diaphônia, discussion de quelques arguments de Jonathan Barnes », Revue de Métaphysique et de Morale 4, 2007, 499-519

25. « Sextus Empiricus et la "conséquence" inassignable : le scepticisme à l’épreuve de la logique" » Cahiers Philosophiques 115, 2008, 46-62

26. « "Être le meilleur" : la Puissance et l’Excellence, chez Platon », in M. Crubellier, A. Jaulin (eds.), Dunamis. Autour de la Puissance chez Aristote, Peeters, Louvain la Neuve, 2008, 151-171

27. « Les portes du Jour et de la Nuit. Rôle et fonction des colonnes de contraires (sustoichiai) dans l’histoire du Catalogue », in M. Valette, F. Dupont, C. Calame, L’énonciation en Catalogue, revue Textuel, Février 2008, 235-253

28. « "La déclaration d’amour" et les formules de la philia dans les Dialogues de Platon », J.M. Zamora (ed), La Amistad en la filosofia antigua, Madrid, Ediciones de la Univesidad Autonoma de Madrid, 2009, 78-91

29. « Platon et la philosophie comme figure d’énonciation », Philosophia 40, 2010, 282-306

30. « L’apeiron et les relatifs dans le Philèbe » in J. Dillon et L. Brisson éd. Plato’s Philebus, Proceedings of the VI Symposium platonicum (Dublin), Selected papers, Academia Verlag, Sankt Augustin, 2010, 348-354

31. « L’âme-harmonie et le corps-lyre », in F. Malhomme et E. Villari (eds.), in Musica corporis Savoirs et arts du corps de l’antiquité à l’âge humaniste et classique, Turnhout, Brepols, 2011, 85-104

32. « La danse et la pudeur » (Platon, Lois, VI, 771e5-772a4), in M.-H. Delavaud-Roux (ed.) , Musiques, rythmes et danses dans l’Antiquité, dir., Rennes, PUR, 2010, 183-195

33. « L’auto-réfutation du sceptique. Vue de la Scène antique », in Le Scepticisme. Aux limites de la question, Revue de Métaphysique et de Morale 1, 2010, 25-43

34. « Plato and Philosophy as a figure of speech » in Oralité et Écriture chez Platon, J.-L. Périllié (ed.), Bruxelles, Ousia, Cahiers de Philosophie, 2011, 87-116

35. « Introduction aux harmonies des Anciens Grecs », in L’Harmonie, entre Philosophie, Science, et Arts, de l’Antiquité à l’âge moderne, dir. G. Rispoli, P. Caye, A. G. Wersinger, Naples, Accademia Pontana, 2011, 13-26

36. « La subversion hénologique de l’harmonie chez Aristote », in L’Harmonie, entre Philosophie, Science, et Arts, de l’Antiquité à l’âge moderne, dir. G. Rispoli, P. Caye, A. G. Wersinger, Naples, Accademia Pontana, 2011, 49-68.

37. « La voix d’une ’savante’ : Diotime de Mantinée dans le Banquet de Platon (201d-212b) », Cahiers Mondes anciens 3, 2012, 2-14 (en ligne, http://mondesanciens.revues.org/816)

38. « Empédocle et la poétique de l’analogie dans le fragment 841 », Philosophia 42, 2012, 41-65

39. « Parménide croyait-il dans les signes de l’Etre ? Remarques sur l’énonciation et la délocution au fragment 8, vers 1-11 » (Savoirs en prisme 1, 2012, 229-251, en ligne (http://www.univ-reims.fr/site/autre... prisme/gallery_files/site/1/1697/3184/9681/39791/39804.pdf)

40. « Empédocle, la Violence sacrificielle et la Grâce », Revue de Métaphysique et de Morale 3, 2012, 379-402, en ligne (http://www.cairn.info/resume.php?ID...)

41. « Empédocle croyait-il dans les signes de l’Etant ? » in L’archaïque, le réel et la Littérature. Quelques chemins…en hommage à Gilbert Romeyer-Dherbey, J.J. Duhot (éd.), J. André, Lyon, 2013, 55- 69

42. « Diotima and kuèsis in the light of the myths of the god’s annexation of pregnancy » X Symposium platonicum, The Symposium, Pise, 2013, 134-140, en ligne (http://www.aicgroup.it/wp-content/u... PLATONICUM_proceedings_1.pdf#page=138

43. « Aux origines de la création artistique : Le concept de Nouveauté dans la poétique musicale en Grèce ancienne et ses conséquences sur l’interprétation de la création », in P. Caye, L. Boulègue, F. Malhomme eds., Les Théories de l’Art, Paris, Garnier, (sous presses)

44. « As if it were evident... » : The Mathematician in the Line (Republic VI 510a-), communication acceptée par le XI Symposium Platonicum, Tokyo, 2010, mais n’ayant pu être présentée (à paraître)

45. « Du compas à la jante : Contribution à l’étude des représentations du cercle chez Euclide et Homère », (communication donnée initialement sous le titre « Techniques et schématismes cognitifs : quelques exemples chez les anciens Grecs », le 25-03-2011 dans le cadre du séminaire des Etudes Platoniciennes : Platon et la tecknè : la voie des pratiques techniques) à paraître dans Philosophia en 2014

46. « Merleau-Ponty : bords de la vie non catégorielle », in Claude Simon, Les Vies de l’Archive. Colloque du Centenaire, Mireille Calle-Gruber, Melina Balcàzar Moreno, Anaïs Frantz et Sarah-Anaïs Crevier-Goulet (ed.), (sous presses)

47. « Le son inaudible et le paradoxe des notes silencieuses dans la musique grecque antique », in Silence et sagesse, de la musique à la métaphysique, les anciens Grecs et leur heritage, L. Boulègue, P. Caye, F. Malhomme, (ed.), Paris, Garnier, (sous presses)

48. « Tonos et melos : Psycho-physiologie antique de l’audition émotionnelle », in M. Kaltenecker (ed.), Figures de l’Ecoute : circonstances, usages, metaphores, (à paraître)

49. « Les Anciens ont-ils conçu une physiologie des émotions musicales ? », in S. Perrot (ed.), Harmonie et Mélodie dans l’Antiquité, (à paraître)

50. « Les statues vivantes. Réflexion sur la forme et la statue à l’épreuve du rituel en Grèce ancienne » (à paraître)

Articles en collaboration

51. Avec S. Perceau, « Backflash on the Cuisine of Sacrifice : Cutting up, dividing : what about blind spots in Anthropology ? », in Language, ritual, performance : evaluating theoretical approaches to Greek culture, Stanford, Department of Classics, 2012 (à paraître)

52. Avec S. Perceau, « Retour sur le prétendu « sacrifice grec » : un point aveugle de l’anthropologie ? », in J.F. Cottier, F. Dupont (dir.), Antiquité, Territoire des Ecarts, (à paraître)

Dictionnaires et anthologies

53. Article « Diotime », in Dictionnaire des Femmes Créatrices, B. Didier, A. Fouque, M. Calle-Gruber (dir.), Paris, Éditions des Femmes, 2012

54. « Plato and Music », in G. Press, F. Gonzales, D. Nails, H. Tarrant, A Companion to Plato, New York, Continuum International Publishing Group Ltd, 2012

55. Théories et pratiques de l’écoute, Anthologie de l’écoute musicale de l’Antiquité au XXe siècle, M. Kaltenecker (dir.) (à paraître)

Cours publiés (SEPAD)

56. Commentaire de J. Derrida, Foi et Savoir » (I et II), 2010-1, 98 pages

57. Commentaire de Cicéron, De Finibus Bonorum Malorumque, I, II, III, 2010-1, 125 pages

58. Problèmes, paradoxes et impasses : dialecticiens et sophistes devant les Mirabilia (I, II) 69 pages

59. La forme entre figure et tension (étude de la forme chez Platon, Aristote et les Stoïciens) 50 pages

60. L’harmonie en questions (Homère, Héraclite, Parménide, Les Pythagoriciens, Platon, Aristote) 100 pages

Recherches actuelles

61. La Pragmatique du discours de la science : L’exemple d’Aristote et de Galilée (en cours)

Ière partie. La « trace - empreinte » et la performativité

1) L’archi-écriture et la trace instituée
Jacques Derrida affirme qu’une « archi-écriture », en tant que trace instituée, détermine l’oralité caractérisée par l’idéalité et la présence à soi, ce que l’Occident a appelé la pensée, et par la relégation corrélative de l’écriture dans la secondarité d’une représentation (De la Grammatologie, pp. 82-83). Le privilège de la phonè, se confondant avec le privilège du sens et du logos, est un effet d’écriture, de trace instituée, en tant que clôture « phonocentrique » d’un jeu de renvois différentiel (op. cit. p. 92).
La différence entre la parole et l’écriture appartient à ce jeu grammatologique.

Dans cette perspective, ni la réduction de la phonè (dans la glossématique de Hjelmslev) ni son privilège (Jackobson) ne sont pertinents, l’archi-écriture opérant au niveau de ce que Saussure appelle l’empreinte psychique du son (op. cit. p. 93).
La trace-empreinte opère au niveau d’une matière sensible (peu importe ici que celle-ci relève de ce qu’on appelle « âme » ou « corps », ces termes étant inadéquats).

Nous croyons que cette thèse fraye la voie à la reconnaissance d’une performativité inhérente à l’inscription (en termes de trace) du phonocentrisme. Mais cette performativité ne se limite pas au phonocentrisme dont les caractères remarquables sont la linéarité et le mot. Contrairement à ce que pensait Derrida, la poésie grecque archaïque ne relève pas du phonocentrisme.

2) L’éclairage du Cratyle
Le Cratyle de Platon offre à cet égard un éclairage précieux. Passons rapidement sur la leçon finale, aporétique, de ce dialogue : il faut pour connaître partir des choses en soi et non des noms, et une telle enquête n’est peut-être pas accessible. Car cette aporie n’élimine pas ce qui a été dit à propos du langage : Un nom est une « langue » (glôtta), une « voix » (phônè), une « bouche » (stoma). Si un corps muet fait voir par les gestes (par exemple les gestes de la tête et des mains), un nom est un corps non muet : celui de la langue, de la voix et de la bouche. Le langage, tel que le définit le Cratyle est essentiellement performatif, il est « actant » ; la « langue » est actrice : elle aspire en prononçant le rho, elle glisse, elle mouille en prononçant le lamda etc. Les gestes phono-acoustiques du nom effectuent une action comme dans le théâtre tragique où le véritable acteur est le langage lui-même.

Or, le Cratyle énonce une théorie de la trace. Le langage oral doit acter le tupos (sceau-empreinte) de la chose (dans le Théétète, ce terme désigne le don de Mnemosunè, la muse de la mémoire qui laisse dans la cire de nos âmes le souvenir des choses).

Peu importe alors le nombre des lettres du nom qui s’étire ou se contracte à loisir (à la différence de ce qui se passe dans l’écriture du mot, où se pratique toujours la grammatikè et l’orthoepeia : on ne peut pas soustraire ou ajouter une lettre dans un mot sans en changer le sens). Dans les conditions de l’oralité, le mot n’est plus un mot. Dans notre ouvrage Platon et la Dysharmonie : recherches sur la forme musicale (2001) nous avons montré à partir de plusieurs exemples (en particulier, à partir d’exemples tirés du Cratyle pp. 120-122), que la musicalité du mot lui confère une flexibilité polysémique au moyen de la prononciation modulée en séquences différentielles, notamment grâce aux paronomases, anagrammes, paronymies, palindromes, que l’on doit considérer comme les structures non pas simplement orales mais aurales du sens Le mot perd ses dimensions phonocentriques et devient musical ou poiético-musical.

IIème partie. La performativité et les contextes cognitifs
Toutefois, l’exigence du Cratyle, c’est que le langage-actant, étende sa performativité à des contextes cognitifs. Il s’agit d’acter l’essence des choses.
Or que se passe-t-il lorsque la langue s’applique aux mathématiques par exemple ? Qu’est-ce que acter les mathématiques dans la langue naturelle ? Et à quelles conditions est-ce possible ?

L’objet de notre étude est d’étendre la pragmatique du discours au discours de la science. Il s’agit de mettre en évidence que la relation des mathématiques avec la langue naturelle peut être appréhendée de manière performative. Bien évidemment, la nature des mathématiques en question ne peut pas être indifférente. Il ne peut s’agir, par exemple, de l’Algèbre qui rompt nécessairement la phonétisation et la réduit à un simple commentaire de ses équations. On affirme volontiers que Galilée (1564-1642) contemporain de Kepler et de Descartes (1596-1650) marque l’avènement de la science moderne, en particulier parce qu’il se fonde sur les mathématiques. Pourtant, c’est un fait que Galilée pense les démonstrations à partir de la langue mathématique d’Euclide, qui n’aurait pas pu voir le jour sans les Analytiques d’Aristote.
Bien plus encore, Aristote et Galilée peuvent être comparés du point de vue de leur langue mathématique commune, parce que cette langue est celle des rapports et des proportions, théorie ancienne, connue de certains Pythagoriciens comme Archytas de Tarente, mais aussi de Platon, et définie au livre V des Éléments d’Euclide.

On se bornera ici à un exemple élémentaire. Dans le Discours concernant deux sciences nouvelles, Galilée part de la définition d’un mouvement inobservable dans la nature, le mouvement uniforme. Ce mouvement abstrait est chargé d’instaurer un protocole, une méthode d’investigation et les limites d’un domaine : « par mouvement régulier ou uniforme, j’entends celui où les espaces parcourus par un mobile en des temps égaux quelconques sont égaux entre eux ». Rien ne permet de dire si ce mouvement est rectiligne ou circulaire, comme si la question était indifférente, contrairement à ce qui se passe chez Aristote. Le mouvement local est considéré abstraitement sans égards pour ses conditions matérielles de réalisation dans la nature. Cette définition n’est possible que parce que la langue naturelle acte la théorie des rapports et des proportions qui fonctionne comme un tupos. Le tupos instaure, dans la langue naturelle, ce qu’on pourrait appeler une performativité au sens où est immédiatement amorcée et cadrée une efficacité heuristique : la langue naturelle doit comparer c’est-à-dire mettre en rapport des temps et des espaces parcourus. Que se passe-t-il au niveau des divisions de l’espace lorsqu’on considère un mouvement de même vitesse dans des divisions égales du temps ? Telles sont les limites de la question ainsi instaurée et délimitée, qui possède une dimension pragmatique et non pas descriptive, ni même pédagogique ou communicationnelle. L’absence de toute intention descriptive se vérifie au constat suivant : Galilée fait suivre sa définition de deux « axiomes », terme de signification euclidienne. Euclide qui dispose ses Éléments en un ordre rigoureusement déductif, passe pour avoir appliqué le programme de démonstration dont Aristote est l’auteur. Un axioma est un jugement relevant de notions communes (koinai ennoiai). Dans les Analytiques Seconds I, 2, 72a15, Aristote explique que les axiomata sont des principes immédiats du syllogisme, indémontrables et dont la possession est indispensable à qui veut apprendre quelque chose. Un axiome n’est donc pas une proposition démontrable mais rend possible la démonstration. C’est pourquoi le caractère trivial des axiomes énoncés par Galilée, la pauvreté heuristique de leur contenu ne doit pas étonner. Il s’agit des gestes élémentaires de la pragmatique propre au modèle des rapports et proportions destinée à initier la langue naturelle : après les axiomes faciles, les théorèmes seront introduits par ordre croissant de difficulté.
S’agissant d’Aristote, les définitions de la Physique (VI, 2, 15-17 ; VI, 1, 20 ; VII, 4, 248a16) témoignent de ce que cet auteur sait très bien décomposer mathématiquement, de la même manière, le mouvement uniforme (comme le reconnaît Galilée lui-même en évoquant ce qu’il appelle « la vieille définition ».
Notre objet est de montrer que la différence entre Galilée et Aristote n’est pas dans le type de mathématiques qui instruit l’exposé et guide l’appréhension du phénomène. Elle n’est pas même fondamentalement dans la présentation de l’exposé mathématique et nous montrons qu’une même performativité est à l’œuvre dans la langue des deux auteurs dès qu’il s’agit de mathématiques.

Séminaire en cours de préparation (à partir de Février 2013) :

- Conceptions mélocentriques dans l’élaboration de la Théorie pythagorico-platonicienne des Premiers Principes

Il est aujourd’hui incontestable que la notion d’harmonie a joué un rôle fondamental dans l’élaboration des Premiers Principes, dès le IVe siècle avant J.-C. dans les milieux de l’Académie sur laquelle s’est exercée une influence néo-pythagoricienne dualiste jusqu’à ce qu’elle cède progressivement la place à une tendance moniste fortement éléatisée qui culmine au Ier siècle avant J.-C. chez Eudore d’Alexandrie. L’histoire des sciences ne néglige plus aujourd’hui de prendre en considération le rôle de l’harmonique dans l’élaboration de la science. En Grèce ancienne, c’est un paradigme harmoniciste qui sert d’abord à organiser les connaissances, en subordonnant les savoirs les uns aux autres, comme on peut l’observer chez Platon, mais aussi chez des Pythagoriciens anciens tels que Philolaos ou Archytas de Tarente. Et c’est autour de questions d’harmonie que se constituent non seulement la cosmologie, mais même ce que nous considérons comme la discipline « éternelle » par excellence, l’ontologie, faute de percevoir le sol profondément pragmatique et performatif de son essor chez Parménide d’Elée. Ce privilège s’explique de ce que l’harmonie touche tous les aspects de la culture essentiellement aurale (selon l’étymologie latine auris, ouïe), et mélique (selon l’étymologie grecque, melos, “membre musical”) des Grecs anciens : qu’il s’agisse de la poésie en tant qu’art d’harmoniser les formules comme chez Homère, ou de « mathématiques » si l’on considère le rôle de l’harmonique dans la constitution de la théorie des rapports de nombres qui, soulignons-le étaient pour certains Pythagoriciens anciens rien moins que les corps eux-mêmes. Mais on manquerait un aspect essentiel du privilège de l’harmonie dans l’élaboration pythagorico-platonicienne des Premiers Principes, si l’on omettait de considérer la relation de l’harmonie avec les rituels méliques en particulier les rituels d’initiation orphiques. C’est ici en effet que le mythe orphique du Zeus unique créateur qu’on rencontre dès le IVe siècle (dans le papyrus de Derveni, fr. 14, 1 « Zeus naquit le premier, Zeus, le dernier ») et dont les échos se prolongent jusque dans les Hymnes orphiques, a croisé une interprétation de l’harmonie qui suppose le rapport de la limite et de l’infini compris comme excès et défaut. C’est la mise en place de l’hénologie maître-mot pour toute fondation principielle, qui se joue et il est fondamental de souligner que cette mise en place s’est faite de manière à la fois « religieuse » et mélocentrique, la notion d’harmonie relevant selon nous de la part rituelle de la langue.

Le séminaire a pour objet d’initier les auditeurs aux problématiques à la fois rituelles et linguistiques de l’harmonie en relation avec la question du principe et on abordera ce parcours de façon philosophique, anthropologique et cognitiviste. Les auteurs étudiés seront choisis non seulement pour leur interprétation mais aussi pour leur pratique de l’harmonie : par exemple, Homère, Hésiode, Philolaos, Héraclite, Parménide, Empédocle, Orphée, Platon, Aristote, Plotin, Porphyre.